Primauté de la souveraineté populaire, nécessité de préserver un « nous », distinction entre citoyens et non-citoyens, lien supposé entre immigration irrégulière, criminalité et « délitement social ». Voici quelques-unes des idées mobilisées par un juge du tribunal de première instance du Luxembourg pour motiver une de ses décisions. Une ordonnance de six pages qui provoque aujourd’hui des remous au sein du monde judiciaire et agite la question de l’impartialité des magistrats.
Le 17 juillet dernier, la chambre du conseil confirme le maintien en rétention et l’éloignement d’un ressortissant marocain en séjour irrégulier, estimant que son manque de coopération, ses multiples identités et ses antécédents judiciaires justifient ces mesures. Le juge considère également que son droit à la vie privée et familiale ne fait pas obstacle à son expulsion.
Dans une carte blanche communiquée au Soir, plusieurs juristes dénoncent le recours à des références issues de publications ou de personnalités d’extrême droite. Jean-François Gérard, avocat et signataire de la carte blanche, s’est dit « estomaqué » à la lecture de l’ordonnance : « Si l’on considère que le droit doit s’effacer devant l’expression de la volonté populaire, c’est le début de la fin. »
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Autres références du magistrat, les productions de l’avocate française aujourd’hui décédée Marie-France Garaud, soutien de Marine Le Pen en 2017, militante pour le rétablissement de la peine de mort et « réservée » au sujet du droit à l’avortement. Ainsi que du Belge Antoine Dresse, formateur et responsable des éditions à l’Institut Iliade.
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Une bibliographie qui a fait bondir le conseil du justiciable, Oriane Todts, spécialiste dans le droit des étrangers : « Je pratique ce type de contentieux depuis plusieurs années et je n’ai jamais rien lu de tel. Dans ces dossiers, le juge doit examiner la légalité de la procédure, et non se prononcer sur des questions d’opportunité. Les décisions rendues en la matière sont d’ailleurs généralement assez sommaires. Lorsque j’ai analysé les sources citées qui peuvent être rattachées à l’extrême droite identitaire française, j’ai été choquée. Mon client l’a été également. La question de l’impartialité du juge se pose. Pour moi, cette motivation ne respecte pas les principes démocratiques qu’un magistrat doit respecter, malgré sa liberté et son indépendance. » L’avocate a déposé plainte auprès du Conseil supérieur de la justice (CSJ).
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En Belgique, la justice repose sur plusieurs principes fondamentaux essentiels. Parmi eux figure l’indépendance des juges. Il en va aussi de la liberté des magistrats qui peuvent mobiliser des ressources non juridiques pour motiver leurs décisions.
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